À voix nue

Compositeur en résidence au Festival en 2016/2017, Philippe Hersant a accompagné le Festival deux années durant. Deux années riches de rencontres, de master classes et surtout de concerts à travers la programmation de sa musique au Festival et la commande d’une pièce symphonique créée en septembre 2017 par les trois finalistes du 55e Concours international de jeunes chefs d’orchestre.
Il est l’un des compositeurs majeurs de notre époque, son œuvre est reconnue et jouée dans le monde entier. Pourtant malgré des dons musicaux précoces, trouver sa voix dans le credo moderniste des années 70 fut un chemin semé d’embûches, devenu un parcours à la découverte de soi-même.

Philippe Hersant se livre toute cette semaine au micro d’Élise Gruau dans « À voix nue », du lundi au vendredi de 20h à 20h30.

Lundi 25 juin – Une naissance romaine

L’enfance de Philippe Hersant est marquée par une petite enfance heureuse passée à Rome, par la rencontre avec la musique et par la présence d’une mère particulièrement attentive mettant tout en œuvre pour que s’épanouisse le talent précoce de son fils. Un enfant solitaire, d’une grande timidité, mais qui sait à six ans qu’il sera compositeur.
Philippe Hersant évoque ici aussi la complicité avec son frère Yves Hersant, professeur d’histoire de la Renaissance et traducteur de l’œuvre de Giordano Bruno, avec qui il a composé un opéra, Le Moine noir.

Mardi 26 juin – Vertige de la création

Doté d’une immense mémoire, d’une oreille facile, Philippe Hersant a tous les atouts pour se lancer dans la musique. Il prend des cours d’harmonie avec une dame excellente pédagogue qui avait connu Debussy et Ravel, mais dépressive et misanthrope, qui pleurait tout le temps…
Il suit classiquement le Conservatoire et s’inscrit en même temps en fac de lettres à Nanterre. Sa première œuvre, audacieuse, est inspirée de Joyce. La révolution de 1968 passe aussi sur le Conservatoire, avec son souffle d’air frais.
Mais l’émulation entre étudiants a aussi son revers : le rejet de toute la tradition. Le diktat de la modernité, en musique comme dans tous les arts, provoque le vertige du vide. Écrire de la musique, oui, mais quoi ? Hersant se bloque. Inhibition, vertige de la page blanche. Pendant deux ans pensionnaire à la Casa Velasquez, il écrit peu de musique, mais il lit. Son œuvre est imprégnée de littérature et d’une méditation sur la mémoire.

Mercredi 27 juin – Naissance d’une œuvre, le déclic romain

Pour s’assurer un gagne-pain, Philippe Hersant devient producteur à France Musique où il emmagasine une immense culture musicale qui sera décisive pour plus tard : il déniche des enregistrements oubliés, s’intéresse à toutes les époques, tous les styles, du monde entier, avec déjà une forte appétence pour le baroque. Cette culture qui aurait pu l’étouffer, deviendra un atout.
Il obtient quand même une commande pour orchestre philharmonique et remporte la Villa Médicis. C’est la deuxième naissance romaine : de retour dans sa ville natale, loin du milieu parisien et du quand-dira-t-on, il compose Stanze, sur un poème d’un disciple de Dante, jubile d’y reconnaître enfin « quelques minutes d’authentique musique ».

Jeudi 28 juin – Libération du geste, la fin des démons

Pour Philippe Hersant, les années 80 et 90 sont marquées par des commandes qui se multiplient et des rencontres décisives avec d’autres compositeurs.
Il libère son geste, apprend à assumer d’écrire en se référant au passé, à la culture qu’il porte en lui. Il revient aux vêpres, au Grégorien, à Monteverdi. Il s’inspire de la littérature et fait exploser les carcans des credos de son époque, expérimente avec les instrumentistes. A contrario de la table rase, il absorbe et transforme.
Victoire de la Musique classique, Compositeur de l’année, en 2005 et en 2010. Il écrit des musiques de film, notamment pour Nicolas Philibert et Romain Goupil.

Vendredi 29 juin – L’expérience de Clairvaux

En 2012, Philippe Hersant reçoit une commande pour écrire de la musique sur des textes de prisonniers de la centrale de Clairvaux.
Il les rencontre, échange avec eux, est bouleversé par leurs récits individuels, leurs parcours en détention, par l’ensemble de cette réalité sociale. L’expérience se poursuit pendant quatre ans. Son écriture en est transformée. Il compose Métamorphoses et Instants limites, puis Kitoo qui est jouée en Russie.
En 2013, pour les 850 ans de Notre-Dame de Paris, il reçoit la commande du concert de jubilé. Chaque année est ponctuée, depuis quarante ans, par les nécessaires voyages en Italie, pour renaître, chaque fois, un peu.